La Douceur De La Terre
Dans Les remarques et pensées du philanthrope Eugène Marbeau, il admet qu’« on n’apprécie bien que ce qu’on a perdu ». Il nous arrive tous et toutes de faire l’expérience de ce fait, un jour ou l’autre. Ce peut être une panne de courant, une route fermée, la perte d’un emploi, une voiture qui tombe en panne, et j’en passe. Je me demande si les changements climatiques n’ont pas ce même effet d’interruption, de déséquilibre, et d’inconfort, et peut-être pire, sur nous tous. Il y a plusieurs mois, des inondations en Colombie-Britannique ont fait des milliers de sinistrés, et ont causé la perte de plusieurs vies humaines. De plus, cette tragédie “naturelle” a endommagé des routes, ce qui a causé des retards importants dans l’approvisionnement de la nourriture dans les épiceries, et rendu l’essence rare, ce qui a eu un effet domino sur des régions même plus éloignées. Comme la plupart des gens, il m’arrive de réagir davantage à des situations quand l’impact se fait ressentir dans mon voisinage ou ma localité. Les changements climatiques semblent être plus préoccupants et une source de mobilisation quand nos vies sont plus directement touchées.
Les maux qui affectent la terre nous concernent de bien des manières, et ils peuvent nous amener à des prises à de conscience importantes, susciter des inquiétudes, nous déstabiliser, et nous inciter aussi à revoir nos habitudes de vie et nos priorités. Le fait de remarquer cette perte d’équilibre dans notre environnement immédiat peut nous faire apprécier encore plus l’importance de prendre soin de la nature. Le déséquilibre dans la nature peut nous ouvrir les yeux sur la douceur de la terre, que nous tenons peut-être trop souvent pour acquise. Le visionnement récent de la vidéo « Earth sweet earth » sur Youtube m’amène à réfléchir dans ce sens, à repenser et reconsidérer ma place dans le monde, ainsi que la relation entre nous et la terre. Je songe à la réciprocité et à l’interdépendance entre nous et l’environnement. Des marches dans la nature me redonnent le goût de reconnecter avec la vie qui m’entoure, d’avoir un plus grand respect pour la terre, et d’apprécier ses bienfaits sans nombre.
Redécouvrir la douceur de la nature ne veut certainement pas dire se fermer les yeux devant les changements qui affectent l’environnement et le climat. Avec le philosophe Edgar Morin, on peut constater ce fait : « L’environnement à la fois nourrit et menace, fait exister et détruit ». Notre appréciation de la terre est peut-être cela que nous avons besoin pour prendre les mesures nécessaires pour protéger l’environnement. Nous pouvons choisir de réagir ou bien être proactifs. De là l’importance de renouer et réinventer notre relation avec les animaux, les végétaux, les oiseaux, les arbres, les montagnes, et tout ce qui partage notre environnement. Sans le sentiment de notre unité avec la planète et le dépassement de notre torpeur, il est difficile de reconnaître « ce que nous avons ». Si manquer de quelque chose d’essentiel pour nous peut parfois être tragique, une route fermée peut devenir une opportunité pour se sensibiliser à ce qui est important pour nous et en prendre bien soin.