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Tout est matière : pour une spiritualité du jardin potager

Apr 21, 2023
Deepen
Tout est matière :  pour une spiritualité du jardin potager

Terreau fertile, antidote au phénomène de l’écoanxiété.

Cet article propose une incursion dans l’expérience du jardin communautaire au coeur de l’écologie pour en découvrir ses bienfaits face au phénomène de l’écoanxiété lié aux changements climatiques. Phénomène bien réel, signe que quelque chose ne tourne pas rond sur terre, si vous me permettez l’expression… et qu’il ne faut pas prendre à la légère.

Le petit lopin dont je prends soin fait partie d’un jardin communautaire dont la mission est de cultiver de façon écologique et de contribuer aux banques alimentaires locales; geste d’amour, de respect et de bien commun.

Cette expérience englobe les dimensions physiques, psychiques et spirituelles de la personne et est intimement liée au concept d’interdépendance. Faire un avec les contextes environnementaux, sociaux et la culture. Au sens propre et au sens figuré: cultiver la terre et cultiver de nouvelles manières de faire. Je crois que ce sont de belles avenues pour participer au bien commun, prodiguer des gestes d’amour, gestes guérisseurs pour tout ce qui vit et respire sur notre belle planète.

Je propose ainsi de cultiver une spiritualité qui permettra d’apprivoiser l’écoanxiété émergente face aux changements climatiques criants de l’heure.

Une spiritualité du jardin potager?

Tout est matière disais-je aux étudiant.e.s du programme de Psychothérapie, Counselling et Spiritualité de l’université Saint-Paul à Ottawa. Tout est matière: tout est là. Notre Terre-Mère pourvoit et il s’agit pour nous de participer à cocréer à partir de ce qui nous entoure dans nos milieux respectifs.

Cultiver, faire croître, jardiner, est plus que de faire pousser légumes, fruits, fines herbes et fleurs; l’activité génère un paix intérieure profonde.

Ainsi déjà, très jeune, je notais ma respiration devenir plus profonde en présence de la grandeur de la nature. La maison familiale, à l’époque au coeur de la forêt, rue Des Estacades au Cap-de-la-Madeleine QC, a littéralement semé en moi un germe, une semence que j’ai plaisir à nommer à la fois communion, interdépendance, commune humanité.

Cette semence a produit une plante vivace en moi: nul besoin de la replanter chaque année, elle se renouvelle. Je propose ici de tisser un lien avec le concept des énergies renouvelables.

Le bien commun

Faire un, commune humanité

Chaque fois où je prends soin de mon jardin, et comme tout est matière, je ne peux m’empêcher de tisser des liens entre le concept d’inter-être chez le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh et la sagesse autochtone Haudenosaunee. Tout est lié, relié, interdépendant. Voilà pourquoi j’aime dire tout est matière. Grande joie que de me laisser pénétrer de ces sagesses! Grande respiration. Un jour, j’ai formulé un souhait: devenir une prière pour qu’ainsi chaque instant soit accueil et gratitude devant la magnificence de la Terre-Mère, moments assurés de joie et de paix chaque jour.

Tout est matière: en devenir conscient.e dans l’instant présent, fait croître une paix intérieure que je crois primordiale à l’action écologique. Déjà cette affirmation est semence, antidote au phénomène d’écoanxiété. Comme je disais aux étudiant.e.s (des psychothérapeutes en devenir), il faut devenir capable de porter à la fois inquiétude et anxiété en tandem avec espoir et joie pour éviter de sombrer dans le désarroi, la peur et l’immobilisme, voire la paralysie.

L’expression tout est matière devient en quelque sorte une porte d’entrée pour transiger ensemble avec les changements climatiques auxquels nous faisons face maintenant.

Faire le tour du jardin

Une expression courante qui devient métaphore d’une meilleure connaissance de soi et de ce qui est pour mieux transiger avec les enjeux des changements climatiques.

Au fil des années, faire un jardin potager a aiguisé mon attention aux multiples aspects de ce qui constitue travailler la terre: la retourner au printemps, sourire à l’odeur chaude d’humus, aux vers de terre gage de la richesse du sol, saluer les insectes qui sont aussi acteurs importants pour maintenir la terre productive, semer des graines, émerveillée de constater qu’elles sont toutes équipées pour produire une variété infinie de plantes. Quelle merveille, grande respiration!

Faire le tour du jardin, est dès lors un acte hautement spirituel. La spiritualité, c’est une inspiration, un acte vital, une manière de respirer comme j’ai plaisir à dire. C’est un mouvement immanent et transcendant: ça provient de l’intérieur de soi et ça devient un plus grand que soi.

Faire le tour du jardin, c’est veiller au grain. Être attentif (attentive) à tout l’écosystème au coeur de ce microcosme. Il contient tout ce que notre Terre-Mère, en tandem avec les quatre éléments (terre, eau, air et feu) met à notre disposition pour vivre en équilibre et en harmonie avec soi-même et autrui et toutes choses vivantes.

L’acte d’amour devient acte guérisseur et diminue ainsi les actes de violences exercées envers notre terre. Je cite l’allocution de gratitude au monde naturel du peuple Haudenosaunee*:

Today we have gathered and we see that cycles of life continue. We have been given the duty to live in balance and harmony with each other and all living things. So now we bring our mind together as one as we give greetings and thanks to each other as people. Now our minds are one.*

Faire le tour du jardin est une puissante métaphore où collectivement, nous participons à la tâche qui nous est confiée.

Une routine quotidienne fort instructive. Sortir de l’ignorance et comprendre mène à aimer. Lorsqu’on aime, on engage des actions propices (si petites soient-elles) à redonner à la terre ce qu’elle nous donne presque inlassablement depuis toujours. Je dis presque parce qu’elle est devenue en danger. Forte et fragile à la fois, notre terre nous invite plus que jamais à saisir toute occasion d’agir consciemment ensemble.

En somme…

L’espoir et la joie, dont je parlais un peu plus haut, résident dans le fait de s’unir pour accomplir les actions ciblées. Un vieil adage a toute sa place: l’union fait la force - synergie. Je reviens sur mes premières lignes: d’abord développer une paix intérieure primordiale en soi-même et avec autrui pour transiger sciemment avec les changements climatiques de l’heure.

À sa manière Thich Nhat Hahn, dans son livre Zen and the Art of Saving the Planet parle de développer la compassion envers tout ce qui nous entoure pour engager des actions ciblées et intelligentes.

Aimer pour comprendre diminue l’écoanxiété qui mine le bien-être. Voici la piste qu’il propose:

In each of us there is a meditator (…) to become a better person, to bring the best of ourselves (…). In each of us there is also an artist. The artist brings freshness, joy and meaning to life (…). In every one there is also a warrior. The warrior brings a determination to go ahead. You refuse to give up.

  • Haudenosaunee Thanksgiving Address: Greetings to the Natural World; English version: John Sotkes and Kanawahienton (David Benedict, Turtle Clan/ Mowack); Mowack version: Rolwado (Dan Thompson, Wolf Clan/ Mowack); original inspiration: Tekaronianekon (Jack Swamp, Wolf Clan/ Mowack; https://American indian.si.edu/environnement/pdf/01_02_Thanksgiving_Address.pdf

Thich Nhat Hahn (2021). Zen and the Art of Saving the Planet, Harper Collins, New York, 309 p.


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