La Déclaration D’interdépendance… Osons Plonger!
Autour des années 1984-1986, alors étudiant à l’école secondaire, j’ai travaillé quelques années comme sauveteur et moniteur adjoint de natation dans le contexte d’une piscine municipale. Je me souviens que lors de séances de cours de natation, il m’arrivait de temps à autre de faire des démonstrations de différents styles de nage, pour les apprentis nageurs, jeunes et moins jeunes. Ces expériences d’enseignement, durant mon adolescence, m’ont bien fait comprendre que nous n’avons pas tous le même rythme pour faire confiance et apprendre de nouvelles choses dans la vie, comme apprendre à nager. Certaines personnes plus douées apprennent plus rapidement; d’autres apprennent plus lentement, mais demeurent tout aussi motivées. Plusieurs conditions doivent être réunies pour apprendre à nager, pour apprendre à plonger en eau profonde. En bref, ça prend de la détermination, une capacité physique, de la technique et de la pratique, et bien sûr, un environnement propice, une étendue d’eau quelconque.
Ayant toujours vivement apprécié les activités de plein air, même à l’âge adulte jusqu’à aujourd’hui, j’avoue toutefois avoir été plutôt lent à m’intéresser activement à l’écologie dans mes activités de recherche universitaire. Aujourd’hui, je me considère être devenu un psychologue environnemental sur le tard (en anglais, “late bloomer environmental psychologist“). Mais le proverbe « il n’est jamais trop tard pour bien faire » s’applique ici. Car, depuis quelques années, je fais de nombreuses et bien belles découvertes dans le domaine de la psychologie environnementale, en écologie, et autres sciences connexes. Dans ce blogue, j’aimerais vous présenter la Déclaration d’interdépendance de la Fondation David Suzuki.
L’origine de ce document remonte à 1992, à la veille du Sommet de la Terre, tenu sous l’égide des Nations Unies, à Rio de Janeiro, au Brésil. Il y a donc 30 ans, un groupe de militant.e.s, dirigé par (aujourd’hui) le célèbre généticien, écrivain et communicateur canadien, David Suzuki, et l’actuelle présidente et cofondatrice de la Fondation David Suzuki, Tara Cullis, proposait la Déclaration d’interdépendance.
Cette déclaration est un véritable credo écologiste qui vise à interpeler les pays à travers le monde. En deux pages (environ 440 mots en français, mais traduit en 25 langues), le texte contient trois sections. Rédigé dans un style poétique, ce texte mobilisateur est un appel à l’action engagée pour préserver la planète. Ce texte inspirant, dense et concis, mérite que l’on s’y attende un peu plus. Divisé en trois parties inégales, on y retrouve des idées lumineuses des grands principes de la lutte en faveur de l’environnement pour nourrir nos aspirations de survie de la planète et de bien-être sur la Terre. Ce credo universel montre en quelque sorte la voie à l’humanité en quête d’une nouvelle politique de l’espoir favorisant la connexion et l’interdépendance.
La première partie intitulée, « Ce que nous savons », se base sur des connaissances scientifiques acquises au fil du temps, on peut lire entre autres:
« Nous sommes la Terre, par les plantes et les animaux qui nous donnent notre nourriture. (…). Nous sommes des animaux-humains, reliés à toute vie, descendants de la cellule primordiale. (…) Nous partageons l’histoire de cette famille des vivants (…). Nous partageons le présent, que mine l’incertitude. (…) Nous ne sommes qu’une espèce parmi les trente millions (…). Nous sommes les maillons de cette chaîne, consommant, purifiant, partageant et renouvelant les éléments fondamentaux de la vie. Notre demeure, la planète Terre, ne peut fournir des ressources infinies (…) Pour la première fois, nous avons atteint les limites de cette croissance. (…) Quand nous mettons en péril l’air, l’eau, le sol et la diversité de la vie, nous volons l’infini à l’avenir pour satisfaire un présent éphémère. »
La deuxième partie intitulée, « Ce que nous croyons », s’appuie sur des valeurs profondes :
« Nous, humains, sommes désormais si nombreux et nos outils sont si puissants que nous avons causé l’extinction d’espèces sœurs, condamné les grandes rivières, abattu des forêts vénérables, empoisonné la terre, la pluie et le vent, et percé des trous dans le ciel. Notre science nous a apporté douleur emmêlée de joie; la souffrance des multitudes est le prix de notre confort. (…) Nous proclamons le droit absolu de tous à la pureté de l’air, de l’eau, du sol. Nous jugeons inacceptables les activités économiques qui bénéficient à quelques-uns en dilapidant le patrimoine du plus grand nombre. (…) toutes les équations de développement doivent tenir compte des coûts sociaux et écologiques. (…) nous penserons à tous ceux qui marcheront après nous, et nous pécherons par excès de prudence. »
Plus brève que les deux premières parties, la troisième et dernière partie de la Déclaration se termine par un désir d’engagement. « Faire désormais de ce que nous savons et de ce que nous croyons le fondement de notre façon de vivre. À ce [moment] tournant de notre relation avec la Terre, il nous faut évoluer : de la domination vers le partenariat, de la fragmentation vers la connexion, de l’insécurité vers l’interdépendance ».
Pour (re-)découvrir cette magnifique Déclaration dans son ensemble, et méditer davantage les idées centrales qu’elle comporte, consultez : https://fr.davidsuzuki.org/la-fondation/declaration-dinterdependance/
Pour l’heure, en m’inspirant un peu du vécu des jeunes parents et des moniteurs de natation qui accompagnent les enfants, à l’apprentissage de la nage, je conclurai ainsi : « Ne soyons plus intimidé.e.s par l’inconnu, osons plonger en eaux profondes! ». Nous ne sommes pas seul.e.s, et en plus de partager notre commune humanité, nous pouvons, si nous le désirons, apprendre, librement, à expérimenter un peu plus davantage au quotidien, les joies de cette interdépendance avec tous les êtres vivants (humains et non humains) et avec toutes ces choses qui coexistent avec nous dans la biosphère. En somme, osons plonger… Il y a tant à explorer, à apprécier, et à protéger. Il y a tant de belles et bonnes découvertes qui nous attendent.