Vers Un Mieux-Être Écologique
Nous prenons de plus en plus conscience de comment les changements climatiques ont un profond impact sur les êtres humains et sur leur santé, y compris des conséquences sur leur (notre) mieux-être. Ce dernier semble dépendre plus que jamais sur la conception qu’on se fait de l’environnement et de notre rapport avec le monde de la vie. On ne peut plus penser que la culture et l’évolution humaine peuvent se réaliser au détriment des écosystèmes, et des autres espèces non humaines. La réalité est plutôt que nous co-évoluons avec le monde qui nous entoure et que nous formons une unité indissociable avec lui, une interdépendance cruciale.
Notre tendance à concevoir la nature et la culture comme deux entités séparées, indépendantes, a beaucoup biaisé notre perception des choses et nous a amenés à croire qu’on peut faire ce que l’on veut avec l’environnement sans qu’il y ait des retombées négatives pour nous. La conscience humaine prend beaucoup de temps, semble-t-il, à se développer et à atteindre une prise de perspective sur ce qui se passe. La prise de conscience de l’importance du port de la ceinture en voiture ne s’est pas faite toute de suite au début. Notre compréhension et notre conception des choses évoluent très lentement, même quand nous pensons avoir fait du progrès.
Notre soif de progrès, qui est basée sur des valeurs et une manière de concevoir les choses, influence notre comportement et nos priorités, qui à leur tour influencent et motivent l’exploitation de la nature. Il semble que nous avons sous-estimé la portée de notre conception du monde -souvent dualiste- et notre désir de contrôler la vie sur la planète, sans imaginer de se retrouver un jour en pleine crise écologique. Un jour, nous avons commencé à penser que la nature était un endroit menaçant, « sans âme », et inanimé, et que la trajectoire de notre évolution devait se faire par la domination et l’affirmation de notre supériorité. Graduellement, à notre insu, notre mieux-être s’en est trouvé appauvri, et le creuset entre nous et la nature s’est agrandi, au point de nous faire sentir étrangers face à l’environnement. Ces distorsions dans notre manière de penser et de percevoir le monde expliquent peut-être en partie ce qui nous a conduits aux changements climatiques et aux conditions de vie sur terre que nous vivons aujourd’hui.
Nous pouvons difficilement entrevoir une possibilité de changement de la scène écologique sans revoir aussi la conception même de notre mieux-être humain sur la planète et notre posture (souvent anthropocentrique) face au monde. Car nous n’évoluons pas seulement dans un environnement, mais aussi avec lui, car penser que nous pouvons évoluer à côté de la nature, c’est être en contradiction avec nous-mêmes. Nous sommes autant dans la nature que la nature est en nous. Le dommage que nous faisons à l’environnement, c’est à nous que nous le faisons.
Notre désir de mieux-être, qui semble avoir atteint une popularité sans égale avec le passé, et qui est si présent dans la littérature du « self-help », de nos jours, ne peut être pleinement satisfait qu’en allant vers un mieux-être écologique. Comme le psychologue américain Rollo May le pensait, il est nécessaire de reprendre contact avec la nature pour retrouver un sens de soi et de la vie, qui sont des éléments essentiels à notre mieux-être global. Notre mieux-être est apparemment fait d’interrelations avec le milieu vivant et les autres espèces humaines et non humaines.